Les dynamiques relationnelles prennent racine très tôt dans l’enfance. Parmi elles, celle de l’enfant qui apprend à gérer les émotions des autres avant même de pouvoir accueillir les siennes.
L’enfant régulateur
Dans des environnements familiaux instables, imprévisibles ou marqués par une conflictualité chronique, l’enfant peut occuper une fonction de régulation émotionnelle. Il apprend alors à :
- surveiller les variations d’humeur parentales,
- anticiper les débordements,
- contenir l’angoisse ou la détresse d’un adulte,
- maintenir un équilibre fragile.
Cette organisation relève de la parentification : il y a une inversion des rôles générationnels.
Inversion des rôles
Dans une organisation familiale saine, le parent contient, protège et régule. L’enfant peut exister spontanément, ses émotions sont accueillies, il n’a pas à s’adapter excessivement.
Dans l’inversion des rôles, l’enfant devient celui qui soutient, régule ou valorise le parent. Il occupe une position psychique qui ne correspond pas à son âge. Il doit s’ajuster prématurément, il devient attentif aux besoins du parent, il suspend sa spontanéité.
Relation incestueuse
Paul-Claude Racamier a mis en lumière la notion de climat relationnel incestuel qui se différencie de l’inceste au sens sexuel. Dans ce climat relationnel, l’enfant peut devenir :
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le confident du parent
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le soutient affectif privilégié
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l’allié contre l’autre parent
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le support narcissique
Il a également contribué à conceptualiser les fonctionnements pervers narcissiques dans les familles.
Hyper-vigilance et attachement insécure
Ce type d’environnement favorise à l’âge adulte une difficulté à poser des limites, une culpabilité intense face à la distance, une confusion entre amour et fusion, une attirance pour des relations d’emprise, de la difficulté à se sentir légitime dans son individualité, mais aussi une difficulté à différencier soutien et auto-effacement et une hypervigilance aux états émotionnels d’autrui.
La personne intègre inconsciemment que si la régulation échoue, le lien est menacé. La survie psychique passe alors par l’adaptation. Par compulsion cela peut également générer la répétition du schéma avec ses propres enfants, non par malveillance, mais par automatisme inconscient.
Dans le couple
Cette dynamique se retrouve très souvent dans les relations de couple.
Dans une relation équilibrée, lorsqu’un partenaire traverse une difficulté, il peut en parler, exprimer ce qu’il ressent et demander du soutient. Mais il reste responsable de ce qu’il vit. L’autre peut écouter, soutenir, conseiller si besoin, sans avoir à porter le problème à sa place. Le soutien est présent, mais chacun reste responsable de son propre équilibre émotionnel.
À l’inverse, certaines relations fonctionnent autrement. L’un exprime une difficulté, mais attend implicitement que l’autre la gère, l’apaise ou la résolve. Comme si cela allait de soi. Peu à peu, le partenaire devient celui qui doit surveiller ses réactions, ajuster son comportement, ses paroles. Il peut avoir le sentiment que l’équilibre du couple, voire le bien-être psychique de l’autre, repose sur lui. Cette attente n’est pas toujours dite clairement. Elle peut se traduire par une idée sous-jacente : « Si tu m’aimes, tu dois m’aider à porter ce que je ressens. »
Résumons
Reconnaître ce schéma ne signifie pas se juger, mais en comprendre l’une des origines. La transformation commence lorsque chacun reprend la responsabilité de son propre vécu émotionnel. Le lien cesse alors d’être un espace de compensation pour devenir un véritable lieu de rencontre. Modifier ces dynamiques relationnelles demande du temps et, souvent, un accompagnement, afin de développer progressivement une lucidité sur les situations à mesure que l’on se libère des mécanismes activés durant l’enfance.
À bientôt pour de nouveaux éclairages.
Prenez soin de vous et de vos relations.